Le Fugitif — La Maison des Bellamy

Récit de la première partie de JDR — 17 octobre 2026

Tout avait commencé dans le salon du Manoir, autour d’une tasse de thé.

Arthur Bellamy, fidèle à ses habitudes, assurait son service avec cette discrétion qui semblait appartenir à la maison elle-même. Rien ne laissait présager que les murs, les souvenirs et jusqu’au temps allaient bientôt cesser d’obéir aux lois ordinaires.

Un bruit sourd retentit derrière les boiseries.

Alex s’approcha du mur, l’examina, prit le tisonnier et tenta de comprendre ce qui se trouvait de l’autre côté. Une porte inconnue semblait s’y dissimuler, une porte dont il n’avait jamais eu connaissance. Après une première tentative infructueuse pour forcer le passage, il appela à travers la cloison.

Il finit par porter secours à un homme qui se présenta comme Élias Bellamy.

L’inconnu semblait venir du 17 octobre 1897.

Il possédait une montre à gousset dont les aiguilles tournaient à l’envers. Plus troublant encore, il reconnut son propre visage dans un portrait du Manoir, comme si les habitants de cette maison pouvaient rencontrer les traces de leur existence à plusieurs époques simultanément.

Bientôt, un second homme apparut dans le couloir : Gabriel Bellamy, son frère.

Gabriel semblait provenir de 1892, année durant laquelle Élias l’avait pourtant vu mourir.

Les deux frères se trouvaient ainsi réunis malgré une contradiction que nul ne pouvait résoudre. Mais le temps manquait aux explications. Gabriel annonça qu’un incendie menaçait les caves.

Alex prit alors une décision : plutôt que de sauver les biens matériels du Manoir, il fallait évacuer ses occupants.

En traversant le vestibule, le groupe découvrit que la maison elle-même semblait appartenir à une autre époque. Ce qui avait été un passage familier prenait l’apparence d’une ancienne galerie.

Un tableau représentait Alex.

Sous le portrait figurait une inscription :

« Le dernier propriétaire — 2026. »

La maison semblait donc avoir prévu sa venue, ou du moins l’avoir inscrite dans une histoire qui le précédait.

Guidés par une lumière, les personnages atteignirent une fenêtre donnant sur un jardin d’un autre temps. Une fillette les appelait. Elle s’appelait Éléonore Bellamy.

Dans les environs, une silhouette menaçante semblait connaître Arthur. Alex aida son majordome à sortir, puis suivit Éléonore jusqu’à un pavillon où les attendait Edmund Bellamy, père de Gabriel et d’Élias, et grand-père de la fillette.

Edmund leur parla d’une Maison étrange, capable de brouiller les époques, les identités et les souvenirs.

Tous décidèrent alors de rejoindre la cave d’origine.

C’est là que le mystère prit une dimension nouvelle.

Une voix se fit entendre :

« Pour sortir, il faut rendre ce qui a été pris. »

Sur les murs apparaissaient plusieurs inscriptions :

1892 — Gabriel.

1897 — Élias.

2026 — Le propriétaire.

Et cette phrase :

« Ce qui manque n’est pas toujours ce qui a disparu. »

Les personnages parvinrent ensemble à ouvrir une trappe et à sortir de la cave. Pourtant, une nouvelle inscription les attendait :

« SIX SONT SORTIS. CINQ SONT ENTRÉS. »

Quelqu’un était-il venu avec eux sans qu’ils s’en aperçoivent ? Ou la Maison avait-elle modifié leur nombre, leurs souvenirs, leur perception des événements ?

Éléonore elle-même ne se souvenait pas d’avoir atteint le fond de la cave. Quant à Edmund, son ombre semblait ne plus suivre exactement ses mouvements.

Le mystère demeurait entier.

Une canne noire, ornée d’un pommeau d’argent en forme de serpent et portant les initiales E. B., évoqua l’existence d’un ancien visiteur qui réclamait un bien perdu.

Puis un document daté du 17 octobre 1862 révéla un nom qu’Edmund avait oublié : celui de son propre père, Édouard Bellamy.

Le rouleau ancien semblait se modifier sous les yeux des personnages.

Il contenait l’explication d’un pacte.

La Maison conservait le temps de ses habitants. Ses propriétaires pouvaient hériter des souvenirs de ceux qui les avaient précédés, mais cette transmission avait un prix : ils devaient abandonner l’un de leurs propres souvenirs.

Le Manoir n’était donc pas seulement un bâtiment habité par des fantômes ou des êtres venus du passé. Il était devenu le dépositaire d’une mémoire collective, constituée d’existences, de pertes et d’échanges dont personne ne maîtrisait entièrement les conséquences.

Sur le verso du document, il était question d’un nom à restituer et d’une dette à reconnaître.

Alex comprit qu’un choix lui était proposé.

Il pouvait restituer les souvenirs et tenter de défaire ce qui liait les habitants à la Maison.

Ou il pouvait conserver le Manoir.

Il choisit de garder la Maison.

Et il confirma sa décision.

Aussitôt, la tension se dissipa. Les montres cessèrent leurs anomalies. Le jardin retrouva sa stabilité. La trappe se referma sans résistance.

Mais rien n’indiquait que le pacte avait été annulé.

Les souvenirs n’avaient pas été restitués. La dette n’avait pas disparu. Quelque chose avait simplement trouvé un nouvel équilibre.

Alex demeurait propriétaire du Manoir.

Désormais, il y vivrait avec Arthur Bellamy, Edmund, Gabriel, Élias et Éléonore.

Six habitants réunis dans une même maison, bien qu’ils appartinssent à des époques différentes.

Ceux qui avaient été séparés par les années, par la mort ou par l’oubli allaient désormais partager le même présent.

Ils devenaient, en quelque sorte, les gardiens de la Maison.

Il restait cependant des questions.

Pourquoi six personnes étaient-elles sorties d’une cave où cinq seulement étaient entrées ? À qui appartenait véritablement cette ombre qui semblait échapper à Edmund ? Et quelle dette le dernier propriétaire venait-il d’accepter en conservant le Manoir ?

Personne ne le savait encore.

Mais ce soir-là, Alex n’avait pas choisi de résoudre toutes les énigmes.

Il avait choisi de garder la Maison et ceux qui l’habitaient.

Et la Maison, pour l’instant, avait accepté.

Adaptation narrative fidèle aux événements et au dénouement consignés dans SIM-001⁠. La mise en prose ajoute des transitions littéraires, sans modifier les décisions jouées ni résoudre les énigmes laissées ouvertes.


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